ozo a écrit : ↑04 juin 2026, 17:09
La lettre de Larry Tanenbaum, publiée quelques jours après l'échec de la montée en Ligue 1, avait pour objectif d'apaiser les tensions et de rappeler la vision de long terme portée par Kilmer Sports Ventures (KSV). Beaucoup de supporters l'ont mal reçue, estimant qu'elle ne répondait pas à la déception sportive actuelle.
Pour ma part, je me situe dans une position intermédiaire.
Je ne partage pas le catastrophisme de certains supporters qui remettent déjà en cause la légitimité du projet KSV. En revanche, je comprends parfaitement la frustration actuelle car, après deux saisons, le bilan sportif est objectivement décevant au regard des ambitions affichées et des moyens investis.
Il est important de rappeler dans quel état se trouvait l'ASSE avant le rachat.
- Sportivement, le club stagnait depuis plusieurs années.
- Financièrement, la situation devenait préoccupante.
- Structurellement, le retard accumulé sur de nombreux concurrents était évident.
Sans l'arrivée de KSV, il n'est pas certain que l'ASSE aurait pu continuer à nourrir de grandes ambitions. Le club avait besoin d'investissements massifs, de nouvelles compétences et d'une vision plus moderne.
Sur ce point, je considère que l'arrivée de KSV est une excellente nouvelle.
Le groupe a augmenté le capital du club, renforcé les équipes de recrutement, développé les infrastructures humaines, recruté des spécialistes dans de nombreux domaines et professionnalisé plusieurs secteurs du club.
Contrairement à certains actionnaires qui promettent beaucoup et investissent peu, KSV a réellement mis des moyens.
C'est un fait.
Là où la critique devient légitime, c'est que tout ce travail structurel ne se traduit pas encore sur le terrain.
Après deux saisons sous l'ère KSV, le bilan est difficile à considérer comme positif.
Première saison : une relégation
Lorsque KSV rachète le club, l'ASSE vient d'obtenir sa remontée en Ligue 1.
L'objectif principal est alors simple : s'installer durablement dans l'élite.
Or la saison se termine par une relégation.
Certes, KSV hérite d'une situation qu'il n'a pas créée.
Certes, le club sort de plusieurs années compliquées.
Mais au final, le premier exercice se conclut par une descente.
Deuxième saison : l'échec de la remontée
La saison qui vient de s'achever devait être celle de la remontée immédiate.
L'ASSE disposait de l'un des budgets les plus importants du championnat.
Elle possédait également un effectif largement supérieur à la majorité des équipes de Ligue 2 sur le papier.
L'objectif n'était pas de jouer les barrages.
L'objectif était de remonter directement.
Or le club échoue.
Et ce qui rend cet échec particulièrement difficile à accepter, c'est qu'il ne résulte pas d'un manque de moyens ou d'un exploit réalisé par un concurrent beaucoup plus fort.
L'ASSE avait tout pour monter.
Elle ne l'a simplement pas fait.
Les choix sportifs interrogent
À mes yeux, la principale faiblesse du projet KSV depuis deux ans concerne les décisions sportives.
Le maintien d'Olivier Dall'Oglio
Après la montée, le choix de conserver Olivier Dall'Oglio pouvait se défendre.
Il venait d'atteindre l'objectif.
Mais les limites sont rapidement apparues en Ligue 1.
L'équipe encaissait énormément de buts, semblait souvent dépassée et accumulait les lourdes défaites.
Le changement est finalement intervenu à Noël.
Peut-être trop tard.
Le pari Horneland
L'arrivée d'Eirik Horneland était présentée comme un choix moderne et ambitieux.
Le discours était séduisant.
Les premiers matchs ont même laissé entrevoir quelque chose de prometteur.
Mais la suite a été beaucoup plus compliquée.
L'équipe n'a jamais trouvé une véritable stabilité.
Le maintien n'a pas été obtenu.
Et surtout, la saison suivante en Ligue 2 a montré que les problèmes persistaient.
Le plus frustrant est probablement l'entêtement des dirigeants à maintenir ce choix alors que les signaux négatifs s'accumulaient.
Pendant de longs mois, l'impression était que tout le monde voyait que cela ne fonctionnait pas, sauf ceux qui prenaient les décisions.
Le retour au pragmatisme avec Montanier
L'arrivée de Philippe Montanier a apporté davantage de stabilité.
Les résultats se sont améliorés.
L'équipe a retrouvé une certaine cohérence.
Mais les dernières semaines ont été marquées par plusieurs contre-performances inacceptables pour un candidat à la montée.
Perdre contre le dernier de Ligue 2 dans un sprint final est typiquement le genre de résultat qui coûte une accession.
L'ASSE a laissé filer la montée directe alors qu'elle avait son destin entre les mains.
L'élimination en barrage n'a finalement fait que conclure un échec déjà largement entamé auparavant.
Ce qui me gêne dans le communiqué de Tanenbaum
Je comprends parfaitement le message.
Dans le sport, les projets solides prennent du temps.
Les exemples des Raptors ou du Toronto FC sont réels.
La stabilité est souvent préférable à la réaction permanente.
Mais je pense que le communiqué sous-estime une chose : la frustration des supporters ne vient pas du manque de patience.
Elle vient du décalage entre les moyens engagés et les résultats obtenus.
Personne ne demande à KSV de gagner la Ligue des Champions dans trois ans.
Les supporters demandent simplement que l'ASSE soit à la hauteur de son budget et de ses ambitions.
Après deux saisons :
une relégation ;
une saison de Ligue 2 sans montée ;
plusieurs choix sportifs discutables ;
une équipe rarement dominante malgré ses moyens.
Il est normal que des questions soient posées.
Pourquoi je reste malgré tout optimiste
Malgré cette déception, je ne suis pas inquiet pour l'avenir du club.
Ce qui me rassure, c'est que KSV ne semble pas agir comme un investisseur opportuniste.
- Ils investissent.
- Ils renforcent les structures.
- Ils recrutent des compétences.
- Ils donnent l'impression de construire quelque chose de durable.
Je préfère largement cette situation à celle d'un club qui change de stratégie tous les six mois ou qui vit au-dessus de ses moyens.
Le risque aujourd'hui serait justement de céder à la panique et de remettre en cause l'ensemble du projet après seulement deux ans.
En revanche, la stabilité ne doit pas devenir un prétexte pour ignorer les erreurs.
Un projet de long terme n'exclut pas l'exigence de résultats intermédiaires.
KSV doit maintenant démontrer qu'il est capable de transformer son investissement structurel en réussite sportive.
Car au football, aussi solide soit le projet, ce sont toujours les résultats du terrain qui finissent par juger sa pertinence.
Je soutiens toujours l'arrivée de KSV à l'ASSE.
Je pense sincèrement que le club est aujourd'hui entre de meilleures mains qu'avant le rachat.
Je crois également à la nécessité d'un projet construit sur plusieurs années.
Mais cela ne doit pas empêcher de constater une réalité simple : après deux saisons et des investissements importants, le bilan sportif est insuffisant.
Les supporters ne réclament pas des miracles.
Ils réclament simplement que les moyens engagés se traduisent enfin sur le terrain.
Et c'est probablement le principal défi qui attend désormais Larry Tanenbaum et ses équipes : transformer une vision crédible en résultats visibles.