NomDeStade a écrit : ↑15 juil. 2026, 10:17
Ah mais c'est pas la défaite d'hier qui me fait particulièrement mal. Je critique le jeu espagnol depuis leur premier match dans cette compétition.
Et typiquement toi qui critiques le jeu proné par certains entraineurs français, ça me fait sourire que tu te délectes de ce football qui refuse d'aller marquer des buts. L'Espagne hier c'est 3 tirs cadrés.. pour une équipe qui a unanimement et indiscutablement dominé son match.
C'est vraiment ça qu'on veut pour le football à l'avenir ?
Il y a une action hier qui traduit ce non-jeu espagnol, c'est juste avant leur 2ème but, Oyazarbal élimine par une sublime feinte de corps un défenseur, les espagnols ont un 4 contre 1 à jouer depuis le rond central. Et qu'est-ce qu'ils font ? Passe en retrait. C'est ça le dogme du football espagnol : zéro prise de risque. Contrôle total. On peut trouver ça beau, je trouve juste ça chiant au possible. (et il faudra pas venir se plaindre que des équipes vont poser le bus par la suite)
Le débat est intéressant, mais je trouve ta position exagérée à cause de ta détestation viscérale de ce style de jeu (et je ne le critique pas).
J'ai pourtant quelques points d'accord avec toi.
Par exemple, c'est vrai que la logique qui définit le style de jeu espagnol est avant celle d'une obsession de contrôle, et en ce sens je trouve aussi que c'est une erreur de le considérer comme le summum du jeu offensif. Il y a une part (mais seulement une part, j'y reviendrai) de conservatisme défensif dans cette idée de jeu. Un vrai style de jeu offensif est celui qui assume la prise de risque d'un déséquilibre, pas celui qui recherche le contrôle à tout prix par la possession. Bielsa ou Zeman, c'est ultra offensif. Guardiola, ça ne l'est pas.
Je te rejoins aussi sur le fait qu'appliqué de manière caricaturale, ce style de jeu peut être une corvée encore pire que le catenaccio pour les spectateurs. J'ai détesté l'Espagne 2010, et le City en fin de cycle de Guardiola. Quand en L2 Riera de Bordeaux disait qu'il était très satisfait et que son équipe était la meilleure après une défaite 1-0 à Laval avec 80% de possession et 1 tir cadré (c'est véridique, je m'en souviens précisément), oui là on est dans la négation absolue du football et c'est insupportable. Souvent, ces équipes de l'école Guardiola peuvent très belles un temps, et finissent par devenir des caricatures à un moment donné, car elles ont du mal à se renouveler.
Une fois que j'ai dit ça, je trouve que l'Espagne 2026 est très loin de ces dérives et caricatures. C'est un jeu de contrôle certes, mais pas uniquement ce que j'appellerais une possession défensive: même s'ils en font parfois trop avec cette manie de vouloir rentrer dans le but avec le ballon, ils cherchent des brèches et sont aussi capables de verticalité. Des joueurs comme Olmo et Yamal ont cette volonté de prise de risque, notamment.
Même si ce n'est pas un jeu "ultra-offensif", c'est un jeu protagoniste, qui nécessite une qualité technique, une intelligence de jeu et des automatismes collectifs extrêmement élevés avec le ballon. En ce sens parler d'anti-football me semble au delà même de l'exagération.
Ton analyse du match ne tient pas compte du déroulement: jusqu'à l'heure de jeu, c'est l'Espagne qui a toutes les situations offensives. Ce n'est pas énorme mais quand même, si tu prends les 2 buts, que tu rajoutes l'occasion sublime du duo Olmo-Yamal en première mi-temps, et le 3-0 de Yamal refusé pour un HJ de 2mm, tout en considérant que les bleus n'ont RIEN eu en face, on n'est pas loin de la démonstration. Combien d'équipes pourraient produire davantage de situations contre la France de Deschamps en demi-finale de coupe du monde ? Ensuite, à 2-0 et sur la fin de match, l'Espagne a effectivement géré et a laissé la France avoir davantage le ballon, ce qui a amené ses premières demi-occasions du match. Mais dire "on a eu plus de tirs cadrés qu'eux" sans prendre en compte le contexte et le déroulement du match, ce n'est pas pertinent.
Enfin, et c'est là mon point le plus important: ce que j'admire dans cette Espagne, ce n'est pas tant la nature de son identité de jeu, que la manière dont elle la travaille collectivement sur la durée, quand la plupart des autres sélections ont un jeu "pragmatique" et basé sur les individualités avant tout (regarde l'Angleterre sérieusement...). A choisir, je préfère largement l'école Klopp à l'école Guardiola, il n'y a même pas photo. Mais l'Espagne, c'est la preuve de la supériorité (actuellement en tout cas) du football collectif, de la logique de système et de principes de jeu parfaitement huilés, sur le football "adaptatif" et centré sur les individualités. On peut faire un parallèle avec l'opposition entre le PSG d'Enrique et celui de Galtier, qui était pourtant plus impressionnant sur le papier. Les espagnols travaillent leur identité jeu à outrance, que ce soit les équipes féminines ou les U17 espagnols, ils jouent tous comme ça et maîtrisent les préceptes.
C'est ça que je valorise, et c'est ce qui paie. Car quoi que tu penses de leur façon de jouer, tu ne peux pas nier le fait suivant: l'Espagne d'aujourd'hui n'a pas les meilleures individualités, mais ils tapent tout le monde. S'ils jouaient un foot pragmatique à la Deschamps, ils se feraient éclater par les bleus, car pris un par un leurs joueurs sont globalement inférieurs sur bien des aspects. Mais ils gagnent grâce à la maîtrise et au travail de leur identité de jeu, assimilée par le collectif.
Le modèle à suivre, il est là. Après, que cette identité de jeu soit plus basée sur le contrôle par la possession, ou sur l'intensité et le contre-pressing, ou que sais-je, à la limite peu importe. Il faut juste qu'elle existe, qu'elle soit travaillée, et que ça permette un jeu collectif assimilé qui ne dépende pas de telle ou telle individualité.