martien a écrit : ↑19 mai 2026, 17:35
Toulousain a écrit : ↑19 mai 2026, 12:49
Évidemment qu’il faut faire la part des choses, bien sûr. Mais tu ne crois pas que la dérive violente de certains ultras se croyant investi d’une mission (alors qu’ils sont clients) est acceptable ?
Non, mais je crois que ce n'est pas juste non plus de résumer les supporters à des clients. Un club de foot n'est pas une simple entreprise, elle fait partie d'un patrimoine, avec toute une dimension identitaire et sociale. Pour une fois Riolo a fait une intervention pertinente sur l'envahissement de terrain à Nantes, en disant que ce n'était pas acceptable, mais que c'est à mettre en perspective avec la violence que fait subir Kita depuis 20 ans à ce club historique et à ses supporters passionnés.
Cher Martien tu parles de
supporters, mais les propriétaires de clubs sportifs professionnels raisonnent en termes en terme de
spectateurs. -des gens qui viennent et paient pour regarder un spectacle de divertissement en compétition avec les autres spectacles sportifs, le cinéma, le théâtre, la musique live... Tous les divertissements avec un droit d'entrée. Le spectateur, abonné ou payant sa place de match n'est plus ni moins qu'un client.
Dans le spectacle sportif, les acteurs sont professionnels, ils sont donc supposés être au top, les deux équipes s'affrontent et la meilleure gagne, ou pas. Ensuite, le spectateur/client rentre chez lui et le lendemain matin il retourne au boulot.
Cette histoire de "client consommateur d'un spectacle sportif", elle a été vraie dès le tout début -surtout au tout début- parce qu'à la fin du XIXe siècle, aux l'origines du sport professionnel des 2 côtés de l'Atlantique, la billeterie était pratiquement l'unique source de revenus pour les clubs et aussi pour les organisateurs de la ligue à laquelle appartenaient les équipes. Sans doute pouvait-il déjà exister des formes de "mécénat", sans doute y avait-il déjà quelques recettes publicitaires mais ça restait très réduit et très aléatoire.
Aujourd'hui, le club de foot a diversifié ses sources de financement et, effectivement, il fait partie intégrante d'un patrimoine commun et il n'est pas une entreprise comme les autres. Déjà, quand on voit certains trucs on se demande comment un club de foot pro pourrait survivre s'il était une entreprise comme les autres et ensuite, oui, il fait partie de la vie des gens, qui le suivent souvent de génération en génération. Cependant tout ça ne change rien au fait que le spectateur reste un client. Bien sentendu,je mets les ultras un peu à part mais, même à Sainté, les ultras ne sont q'une minorité, très active, incontournable, mais une minorité quand même. Beaucoup d'ailleurs disent que les ultras et leurs animations font partie intégrante du "spectacle" que constitue un match des Verts... Ils font l'ambiance, donc ils font partie du show... On en revient donc encore et toujours à cette idée de "spectacle payant de divertisssement".
Moi je te parle surtout du client pas ultra, le client lambda qui vient en famille (ou non) qui va payer sa place (ou un abonnement), de quoi se restaurer ou se désaltérer à la buvette ou à la cafettte, qui va acheter des articles de merchandising divers et variés dont des maillots third vert transgénique, souscrire à un abonnement de TV pay-per view, parce qu'on va dire qu'il est honnête, il n'est pas du genre à traîner sur un forum 5 minutes avant le début du match en demandant "
zavez un lien qui fonctionne les gaziers ???"
Bon, en l'occurence le client n'est pas forcément toujours honnête question abonnement à un diffuseur officiel mais par contre il peut facilement se laisser attendrir par le service marketing d'un club qui en appelle à sa conscience de fan. Ainsi j'ai vu régulièrement en Angleterre -dans les années 90 comme très récemment- des clubs (y compris en Premier League) demandant à leurs clients, pardon à leur "supporters" comme tu souhaites les appeler, d'acheter les maillot officiels
uniquement dans leurs boutiques à eux et non pas dans un magasin de sport du style JDsports ou Decathlon, et encore moins sur un site Internet. Parce que tu comprends, si un supermarché discount demande rarement à ses clients des preuves d'affection, il peut arriver quand on rentre dans un stade outre-Manche de se retrouver confronté à un énorme panneau d'affichage où il est marqué
montre ta loyauté, montre ton amour, achète tes maillots officiels à la boutique officielle ! (slogan du Sunderland AFC il y a 2-3 ans à l'entrée du Stadium of light, inauguré si je ne m'abuse à l'époque par le Prince Andrew qui, aux dernières nouvelles, a l'air d'en connaître un rayon en matière d'amour et de loyauté.)
En gros, non seulement tu es un client ad vitam aeternam (pas besoin de carte de fidélité) mais tu dois aussi à tes couleurs d'être un consommateur avisé : quand tu achètes le maillot directement auprès du club, celui-ci gagne une poignée de livres Sterling supplémentaires dessus -il n'y a pas de petit profit.
Donc là, forcément tu vas me dire à nouveau que
le supporter n'est pas qu'un simple spectateur et il est bien plus qu'un client ! Il a son club dans la peau, il l'aime d'amour, saison après saison, dans les bons comme dans les mauvais moments, ça n'a rien à voir avec l'achat de maillots... Etcetera, etcetera. Ben, oui et non, parce que c'est en
achetant des trucs que tu prouves ton amour : places de match, maillot third (même si parfois, euh, il est pas très réussi.) Mais je suis d'accord le supporter est bien plus qu'un client dans le sens où c'est le meilleur des clients. Je suis sûr qu'il en faut pas beaucoup pour que cet ingrat de client d'Aldi décide de traverser la route pour aller voir chez Lidl si en tant qu'en qu "expérience shopping" c'est un peu moins pire. Le client de foot, lui, dans les faits, c'est le client rêvé: il est souvent mécontent mais il revient toujours, fidèle jusqu'à la nausée, en L1 comme en L2. JAMAIS il ne changera de crémerie, malgré les déceptions, malgré les
j'en peux plus de cette équipe de chèvres et il croira toujours que les lendemains vont -un jour ou l'autre- se remettre à chanter du Monty. Encore mieux, même quand il n'y croit plus, échaudé par des décennies de relatif échec ou d'échec tout court, il aime encore le club. Il ne peut pas s'en empêcher. Et quand il boude, il suffit d'un rien, d'une étincelle, d'un bon début de saison, d'une nouvelle direction, d'un parcours en coupe... pour qu'il revienne au stade. Donc oui, le supporter est plus qu'un simple client. C'est le client parfait, on n'a même pas besoin de le berner, c'est lui qui en redemande. Un client en or. A Sainté, à Sunderland, partout, dans tous les sports... à Chicago aussi par exemple où les deux clubs de baseball locaux adorés et qui se détestent cordialement entre eux n'ont pas réussi a gagner le championnat pendant respectivement 88 et 108 ans... Oui, oui, ça fait quand même long. 4 générations de suite de supporters-clients-consommateurs n'ont jamais vu leur équipe gagner (!) puis bizarrement, chaque équipe a remporté le championnat une fois avant de retomber aussitôt dans le ventre mou de la hiérarchie... ce qui n'empêche pas les Cubs de Chicago de générer ces dernières années des revenus oscillant entre 560 et 600 millions de dollars par an. En attendant de tutoyer les sommets à nouveau autour de 2095.
Là on est en 2026, la Premier League s'est américanisée, le football du continent européen s'américanise avec des clubs "marques déposées" qui ont maintenant une clientèle mondialisée... Et je suis sûr que Monsieur Tanenbaum, qui a un moment de sa vie a grandement contribué à faire passer le club de baseball de Toronto de "casse pas des briques" à "vainqueur du championnat" a, lors de son achat, pris en considération le potentiel économique de l'admirable fidélité de la clientèle de l'ASSE, malgré les décennies de purgatoire. Cette clientèle que roro et zozo appelaient pudiquement "le peuple vert" parce que bon, eux ils étaient uniquement là pour aider et d'ailleurs, c'est promis, ils ne feront aucun bénéfice sur la revente du club.