Wert a écrit : ↑23 sept. 2026, 22:43
Je ne sais pas si vous vous souvenez d'Hassan Sukut, un attaquant turc célèbre dans les années 2000 ?
Il est réfugié aux USA parce qu'il a fuit le régime d'Erdogan qui lui a confisqué ses biens et fait pression sur ses proches.
https://www.lequipe.fr/France-Football/ ... er/1720635
Une histoire qui rappelle la fragilité de l'état de droit et la difficulté de vivre dans une société où règne l'arbitraire.
J'ai lu l'interview qui est à peu près similaire à celle qu'il a donné à So Foot il y a quelques temps. Le coeur du sujet est ce qu'il s'est passé entre la confrérie de Gulen et Erdogan. Ça a été traité assez sommairement dans l'interview vu que ce n'était pas le coeur du sujet mais si ça vous intéresse, je peux donner un peu plus de contexte. Fetullah Gülen était un leader religieux turc qui s'est beaucoup inspiré de Said Nursi, un penseur réformiste de l'islam. Il a fondé un mouvement qui était en réalité une confrérie ultra-puissante en Europe et aux Etats-Unis. Le "Hizmet" a séduit beaucoup d'intellectuels, d'entrepreneurs et d'étudiants turcs car il avait une approche très moderne de la religion, très tolérante et ouverte sur le monde. Ils ont notamment fondé un réseau d'écoles qu'on retrouvait y compris en Russie et en Afrique dans lesquelles les élites locales inscrivaient leurs enfants tellement l'enseignement était bon. Ils avaient développé une sorte de soft power discret mais puissant, avec des medias, des systèmes d'entraide, de bourses et de logements mis à disposition des étudiants.
Erdogan s'est largement appuyé sur Gulen et ses réseaux dans son ascension au pouvoir. Il y avait entre eux une sorte d'amitié qui rappelle celle imaginée entre Omar Khayyam et Nizam al Mulk par Amin Maalouf dans Samarcande. Les partisans de Gulen étaient très présents dans les hautes sphères de l'administration turque et Erdogan en avait besoin pour contrer l'influence des laïcs qui étaient encore très influents dans l'armée et qui ont été à l'initiative de plusieurs tentatives de Coup d'État dans les années 90.
La lune de miel a duré quelques années mais au début des années 2010, l'entourage d'Erdogan (et notamment son fils) a été la cible d'enquête anti-corruption. Erdogan a été fou de rage et l'a vécu comme une trahison de son allié. À partir de là, il a viré complètement parano et s'est attaqué au mouvement Hizmet, en faisant notamment fermer leurs écoles et en lançant une grande chasse aux partisans de Gulen dans l'armée et la police. En 2016, des partisans de Gulen encore présents dans l'armée ont fomenté un coup d'État. Gulen qui s'était déjà réfugié aux US jure n'être au courant de rien. Mais avec 250 morts lors de cette nuit, l'opinion publique s'est complètement retournée contre lui. Ses partisans en Turquie et ailleurs sont devenus des traitres à la nation et beaucoup ont été emprisonnés. La répression a été terrible et hystérique
Hakan Sukur est assez évasif sur son appartenance au mouvement de Gulen mais c'était quand même de notoriété publique qu'il en était une figure importante. Mais en tout cas il faut comprendre que pour la très grande majorité des turcs, les partisans ou anciens partisans de Gulen méritent un traitement assez similaire à celui des collabos en 1945.