NomDeStade a écrit : ↑01 juil. 2026, 13:00
Autre point, on lit souvent que nous serions réfractaires à avoir un coach étranger, et que c'est typiquement français.
J'ai fait la recherche (passée à l'as), depuis 2020, il y a eu 3 fois plus de coachs étranger nommés en Ligue 1 qu'en Série A ou Liga.
Donc je pense qu'il faut être vigilant sur les préjugés et les "on-dit"
Je vais peut-être faire dévier le topic, mais tant pis, car je trouve que c'est un sujet passionnant.
Je ne crois pas, en effet, que ce soit "typiquement français" d'être réticent à un coach étranger. Même si je ne suis pas sûr que les exemples italiens et espagnols soient les points de comparaison les plus représentatifs (le foot italien est le plus conservateur d'Europe, et le foot espagnol forme les meilleurs coachs du monde depuis une ou deux décennies).
Ce que je pense, c'est qu'à l'ASSE, par rapport aux autres communautés de supporters en France, nous sommes de loin les plus conservateurs et réticents aux entraîneurs étrangers.
Et ça s'explique pour deux raisons (qui se rejoignent) selon moi.
Désolé d'avance si je vais faire tiquer certains, notamment parmi les "régionalistes" (contre qui je n'ai rien)
D'abord, je pense que l'ASSE est LE club de la France profonde par excellence. Et j'en tire une fierté pour ma part (car je me considère patriote, donc aucun problème avec ça). Si on prend tous les grands clubs historiques et populaires français, aucun ne représente la France aussi bien que nous, et d'ailleurs ce n'est pas un hasard si nous sommes les seuls dans l'histoire du foot français à avoir réussi à unir tout le pays derrière nous, sans être détestés par personne ou presque :
- Paris c'est ultra-clivant pour mille raisons, une bonne partie de la France détestera toujours Paris et ce que cette ville représente (à raison pour moi, pardon aux parisiens du forum

), et je ne parle même pas des valeurs "bling bling" inscrites dans l'ADN du club
- Marseille c'est trop clivant aussi, trop marqué sudiste, trop exubérant aussi, avec un rapport d'ailleurs assez conflictuel entre Marseille et la France, car Marseille en tant que port cosmopolite est ouvert sur l'étranger avant-même d'être ouvert sur la France
- Lyon c'est prétentieux, froid, bourgeois, méprisant envers tout ce qui est en dehors de Lyon, bref impossible pour ce club de fédérer le pays
- Lens c'est le club de l'Artois et du Nord populaire étendu jusqu'à la Picardie au maximum, rien de plus, là encore c'est identitairement trop marqué au niveau régional pour toucher au-delà
- Bordeaux et Nantes c'est un peu comme Lyon à un degré moindre bien sûr, ça ne soulèvera jamais les foules
- Monaco c'est trop bling-bling pour parler au français moyen
Bref, pour moi l'ASSE c'est le club français par excellence, qui représente bien plus que le Forez ou la ville de Sainté, même si cet ancrage est évidemment fondamental lui aussi. Il fait partie du patrimoine national bien plus que les autres clubs cités, pour moi.
De fait, il me semble compréhensible qu'un supporter du club de cette France profonde et populaire soit plus réticent à l'idée d'un foot mondialisé et déraciné (avec toutes ses dérives), qu'un mec de Paris ou de Marseille. Et de manière trop caricaturale selon moi, on associe instinctivement Kilmer, ainsi que ceux qui représentent leur vision (les coachs étrangers qu'ils choisissent en l'occurrence), à cette idée là. Et c'est pour ça que je dis que cette défiance dépasse largement les supporters verts du Forez et de Sainté, le supporter vert moyen d'où qu'il soit à la même défiance viscérale et spontanée envers cette idée du foot, que le français de province des classes moyennes ou populaires a face à l'idée de mondialisation heureuse que lui vend un Macron.
Et en soi, une forme de méfiance me paraît légitime pour mille raisons. C'est juste que je trouve cela trop hâtif et caricatural dans le cas de Kilmer, et encore plus quand ça transforme en rejet des coachs étrangers en général, par exemple. La méfiance de fond n'est pas insensée ni illégitime (quand on voit les exemples innombrables de clubs "dépossédés" de leur identité dans le foot moderne), mais la manière dont elle se traduit et s'extrapole peut devenir très nocive. Comme ça l'est avec Cathro par exemple.
J'en viens au deuxième point.
Contrairement à Paris ou Marseille, notre club n'avait jamais été dirigé par des étrangers. Et très rarement entraîné par des étrangers également. Donc c'est aussi une question d'habitude et d'expérience.
Bref, je sais que certains diront que je fais de la sociologie bas de gamme, et qu'il suffirait de bons résultats pour que cette défiance disparaisse. Bah moi je n'en suis même pas sûr, bien que ça aiderait probablement. Je crois que c'est plus profond. Et qu'on devrait réfléchir là-dessus, sur notre recul, sur nos contradictions aussi, entre la volonté légitime de revoir notre club au plus haut mais sans prendre le risque d'aller vers quelque chose qui nous sort de notre zone de confort et de médiocrité dans laquelle nous sommes empétrés depuis 50 ans.